Avant d'entamer sa carrière de séducteur (voire - révérence parlée - de chaud lapin), notre Victor Hugo, lui aussi (voir article précédent) a été un ado comme
les autres, plein de doutes, d'incertitude et d'aveuglement.
Voila qui est rassurant.
Amis (ex) benêts, mes frères, je vous convie à la lecture de ce petit poéme, frais comme la rosée...
Vieille chanson du jeune temps
Je ne songeais pas à Rose;
Rose au bois vint avec moi;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.
J'étais froid comme les marbres;
Je marchais à pas distraits;
Je parlais des fleurs, des arbres;
Son oeil semblait dire : "après ?"
La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols;
J'allais; j'écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.
Moi, seize ans et l'air morose;
Elle vingt; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose,
Et les merles me sifflaient.
Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches;
Je ne vis pas son bras blanc.
Une eau courait, fraîche et creuse
Sur les mousses de velours;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.
Rose défit sa chaussure,
Et mit, d'un air ingénu,
Son petit pied dans l'eau pure;
Je ne vis pas son pied nu.
Je ne savais que lui dire;
Je la suivais dans les bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.
Je ne vis qu'elle était belle
Qu'en sortant des grands bois sourds.
"Soit; n'y pensons plus!" dit-elle.
Depuis, j'y pense toujours.
Les Contemplations.