Lundi 6 avril 2009

Avant d'entamer sa carrière de séducteur (voire  - révérence parlée - de chaud lapin), notre Victor Hugo, lui aussi (voir article précédent) a été un ado comme les autres, plein de doutes,  d'incertitude et d'aveuglement.
Voila qui est rassurant.
Amis (ex) benêts, mes frères, je vous convie à la lecture de ce petit poéme, frais comme la rosée...
 

 

 

 




                          
                                                    Vieille chanson du jeune temps


                              Je ne songeais pas à Rose;
                              Rose au bois vint avec moi;
                              Nous parlions de quelque chose,
                              Mais je ne sais plus de quoi.

                              J'étais froid comme les marbres;
                              Je marchais à pas distraits;
                              Je parlais des fleurs, des arbres;
                              Son oeil semblait dire : "après ?"

                               La rosée offrait ses perles,
                               Le taillis ses parasols;
                               J'allais; j'écoutais les merles,
                               Et Rose les rossignols.

                               Moi, seize ans et l'air morose;
                               Elle vingt; ses yeux brillaient.
                               Les rossignols chantaient Rose,
                               Et les merles me sifflaient.

                               Rose, droite sur ses hanches,
                               Leva son beau bras tremblant
                               Pour prendre une mûre aux branches;
                               Je ne vis pas son bras blanc.

                               Une eau courait, fraîche et creuse
                               Sur les mousses de velours;
                               Et la nature amoureuse
                               Dormait dans les grands bois sourds.

                               Rose défit sa chaussure,
                               Et mit, d'un air ingénu,
                               Son petit pied dans l'eau pure;
                               Je ne vis pas son pied nu.

                               Je ne savais que lui dire;
                               Je la suivais dans les bois,
                               La voyant parfois sourire
                               Et soupirer quelquefois.

                               Je ne vis qu'elle était belle
                               Qu'en sortant des grands bois sourds.
                                "Soit; n'y pensons plus!" dit-elle.
                                Depuis, j'y pense toujours.


                                                            Les Contemplations.




Par Rouletabille
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Jeudi 2 avril 2009

C'était au temps ou Brel attendait Madeleine, avec son petit bouquet de lilas, sous la pluie; d'ailleurs il pleuvait ce soir là, ou plutôt,  il avait plu et les trottoirs luisaient sous les réverbères.

Nous sortions du cinéma : West Side Story ! vu sur l' écran géant du Comédia ! Nous étions gonflés à bloc; on sautait dans les flaques en chantant "i like to be in américa"; avec nos impers, on se prenait pour  Gene Kelly  dans "singing in the rain"!
Sauf que d'un seul coup les gentils lycéens étaient devenus des durs - limite voyous - j'étais un Jet, François un Shark, et elle, qui tournait comme un derviche en minaudant "i feel pretty", elle était Maria , of course...

Elle avait accepté de nous accompagner.  Elle, la star de la classe; elle, qui devait son statut de reine - et son essaim de courtisans - au charme fascinant de ses yeux verts, à une sorte de charisme naturel et magnétique, qui nous attirait comme une bougie attire les lucioles. Il faut dire aussi, incidemment,  qu'elle avait sûrement la plus jolie poitrine du lycée (j'adorais, le jeudi matin, quand elle demandait ingénuement : "on a dessin aujourd'hui ?" - je répondais les yeux dans le vague et la voix cassée : "oui, oui, à 10 heures..."). 
 

 Les copains s'étaient dispersés, un peu à chaque carrefour, et il ne restait plus que nous, François, moi... et elle.

On avait un bout de chemin en commun, elle et moi, pour retourner dans nos familles; avant on passait devant chez François.
"Allez on te dépose - salut, à demain - quoi ? ah t'es pas pressé ? tu préfères nous accompagner ? ah bon; t'es sûr ?, ok..."
Bon, on continuait à slalomer sur le trottoir en chantant "to night...to night..." François - qui avait un léger surpoids - trainait un peu;  soudain, elle attrape ma manche : "vite, vite, on va se cacher", et nous voila sous un porche, une allée comme on dit chez nous, un couloir d'immeuble quoi.

"Il arrive, pousse-toi !" Me voila coincé entre une poubelle, la lourde porte cochère, et ...elle.
Elle, tout contre moi;  moi le nez dans ses cheveux, la main sur son épaule, tous les deux guettant le passage de notre victime...


O temps suspend ton vol...

François approche; il s'arrête; il nous cherche; il repart.

Elle se détend, s'appuie un peu sur moi, se retourne lentement...quelques secondes passent - un siècle - son regard d'émeraude glisse sur moi laissant sur ma peau et dans mon âme des traces incandescantes, façon Hiroshima...
"on y va ?  susurre-t-elle  - euh... oui - répond le grand connard en imperméable - on va le perdre..."

Quelques jours plus tard, François me dit dans un couloir  :"ben mon vieux, tu sais pas ce qu'elle vient de me sortir ?  - il avait l'air stupéfait  cet imbécile  - elle a dit que, l'autre soir, dans l'allée, si tu avais voulu l'embrasser...elle t'aurait laissé faire..." 




 

Par Rouletabille
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Lundi 30 mars 2009
bon, alors ce matin je me sens d'humeur guillerette, et je cherche une chansonnette genre jubilatoire pour booster ma journée.

Tiens, pour changer un peu allons voir chez les jeunots...la nouvelle scène, qu'ils disent...

Je fouille DEEZER (vers 10 heures, 10 heures 15) et j'essaye, tiens pourquoi pas, Raphaël...bouh !, trois chansons plus tard, ma belle énergie s'est envolée et je suis limite dépressif...

Allons voir Vincent Delerm, en voila un qui fait de bonnes chansons...oui, mais, bon, ça dépend des jours, c'est p't'être un peu intello là pour une fraîche matinée de printemps...

Alors je passe chez Obispo...non, là c'est une blague.

Voyons, voyons, Renan Luce ? oui, mais j'ai déja trop écouté ses tubes, ça devient rengaine...

 

Bénabar ? oui, mais ses meilleures sont très mélancoliques...

 

Et voila comment on se retrouve avec les vieux fonds inaltérables, intemporels, garantis 100 pour 100 cent joie de vivre - je vous épargne exceptionnellement Trenet - mais je vous recommande comme thérapie à la morosité ambiante, ce qui suit... 


 

 






Par Rouletabille
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Mardi 24 mars 2009
Encore un mystère ! on sait bien qu'elle s'est toujours démarquée soit par de longues absences inquiétantes, soir par des apparitions fracassantes et des prises de position tonitruantes souvent en faveur des droits de l' homme; bon, elle avait quelque peu disparue mais ses fans s'attendaient à un retour orchestré comme d'habitude par les professionnels de la com qui savent y faire...

Mais là, il semble qu' elle se soit définitivement évaporée dans des limbes irréversibles...

Pire, cette beauté fascinante, ce personnage à part dans notre monde médiatique, cette incarnation de nos fantasmes secrets, cette grâce évanescente, a été remplacée, là, subitement, sans aucune préparation psychologique pour ses admirateurs, par une mèmère grassouillette, un ersatz, une copie, une actrice dans le rang, une besogneuse ! 

Chiche qu'elle va nous bassiner pendant quarante ans avec des revendications sociales, et des rôles édifiants de syndicaliste ou de martyre de la mondialisation !

Elle cause un peu comme l'autre, mais quelle humilité ! où est la reine Margot ? où est l'ambitieuse Camille ?

Le charme renversant, le regard sombre et pénétrant, les effluves de mystère et de passion,  hein, où sont -ils ?

J'oublie - je ne l'ai pas vue - non, ce n'était pas Elle - tant pis, j'en fais mon deuil - je me replie sur mes souvenirs; une étoile s'est éteinte dans mon firmament - encore une  - il me reste les films... et des chansons...


 

 

Par Rouletabille
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Vendredi 20 mars 2009
Alors là, vous n'y couperez pas !

 

 




                            Y a la nature qu'est tout en sueur,
                           dans les hectares y a du bonheur,
                           c'est l'printemps...

Me dites pas qu'il ne vous vient pas des fourmis dans les jambes, hein ?
alors laissez-vous aller, c'est une valse !

1 -2-1-2-3  

                            Y a du blé qui s'fait du mouron
                            les oiseaux eux ils disent pas non
                            c'est l'printemps...

Allez, on tourne on enlace ce qu'on a sous la main, la chaise, le balai, la grand'mère,

1-2-1- 2-3

                        Ya l'beaujolais qui la ramène
                        et Mimi qui s'prend pour Carmen
                        c'est l'printemps...

"dernières infos : il semble qu'une épidémie rare se propage dans tout l'hexagone depuis ce matin; les gens, chez eux ou dans la rue, se mettent à tourner sur eux-mêmes, seuls,  en couple, ou avec toute sorte d'objets incongrus, en siflottant d'un air niais, en souriant aux anges ! la police est sur les dents, l'armée est mobilisée; la ministre de la santé a interrompu ses vacances aux Seychelles..."

                         Y a des nuages qui n'ont plus de quoi
                         on dirait d'la barbe à papa
                         c'est l'printemps...

Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite...
Il va passer...              

                          y a l'été qui s'pointe dans la rue
                          et des ballots qui n'ont pas vu
                          QU' C' ETAIT L' PRINTEMPS !

Oui, mais pas nous....  

                                

Par Rouletabille
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