Samedi 16 mai 2009
Alors ce théorème fameux, c'est quoi ? et d'abord pourquoi le dernier ?
En fait, Pierre de Fermat a laissé de multiples annotations sur les marges de lArithmética de Diophante, au fur et à mesure de sa progression dans ce livre; par la suite, toutes les conjectures ont pu être vérifiées par les mathématiciens modernes, sauf une .

SAUF UNE !

Et pas n'importe laquelle; pour tenter une timide approche, il faut passer par le théorème de Pythagore.
Bon, faisons appel à  nos souvenirs : dans un triangle rectangle donné, la somme des carrés des côtés de l'angle droit est égale au carré de l'hypoténuse; pas seulement : cette règle s'applique à TOUS LES TRIANGLES RECTANGLES..

Ce qui se traduit par (si x et y représentent les côtés de l'angle droit et z l'hypoténuse) :

                             x2 + y2 = z2

Vous et moi, on s'arrête là. Monsieur de Fermat, lui, dans un éclair de génie, formule une variante :

                             x3 + y3 = z3

Pauvre de lui ! il veut vérifier cette équation, impossible ! impossible de trouver deux nombres cubiques dont la somme soit un autre nombre cubique . Mais, il sent qu'il tient quelque chose d'intéressant; alors, malgré l'heure avancée de la nuit, il persiste :

                             x4 + y4 = z4 ?

C'est pas mieux, en aucun cas cette conjecture ne peut se transformer en théorème; ça ne marche pas.

Il réalise donc qu'il n'existe pas trois nombres correspondant à l'équation :

                             xn + yn = zn si n est 3,4,5 ou plus...

Encore fallait-il le prouver !

C'est là que notre magistrat sonna son fidèle valet Baptiste, qui dormait tranquillement, pour lui commander instamment un café fort, ou la boisson de l'époque qui faisait office de stimulant, et qu'il se mit à griffonner frénétiquement des pages de calcul.
C'était son grand soir, il le pressentait, son cerveau était en ébullition.
La malheureuse Mme de Fermat qui fit une apparition furtive pour s'inquiéter de l'absence de son époux dans le lit conjugal fut vertement rabrouée. 
Au petit matin, le brave Baptiste, qui dormait toujours tranquillement dans son pauvre réduit situé dans les combles, fut réveillé par le chant du coq, comme d'habitude;
 Il descendit en chemise, un vieux bougeoir à la main, et eu la surprise de trouver son Maître, affalé sur sa table, à moitié hagard.
 S'il avait su lire, il aurait déchiffré  dans la marge de l' Arithmética la phrase suivante :

        "j'ai une démonstration véritablement merveilleuse de cette proposition, que cette marge est trop étroite pour contenir".

De Fermat était complètement vidé, l'oeil fixe, limite comateux;  Le brave Baptiste dû le transporter jusqu'à sa chambre; il l'étendit dans son lit, alors que Madame, rancunière, ne daigna même pas se retourner.

Voila; le dernier théorème était formulé, sa démonstration annoncée.

 Sa publication marque le point de départ d'une course effrénée.
 Qui apportera le premier la preuve absolue de la fameuse assertion :

                          xn + yn = zn est impossible si n>2

Hein, qui ?

A suivre...

Par Rouletabille
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Mercredi 13 mai 2009
Je n'ai rien contre Obispo, Pascal.

Le gourou des collèges;
Le poète maudit de la star-ac;
Le Diogène de la FM;

Mais enfin disons-le, je flaire l'escroquerie...

Je reconnais tout le talent qu'on veut à nos jeunes chanteurs, habités de toute évidence par le génie des grands disparus, et à nos chanteuses d'aujourd'hui, même si, je reste confondu par cette incroyable faiblesse de la langue française, par ailleurs si riche, qui nous fait utiliser le même mot pour exprimer le chant du rossignol, le chant des sirènes, le chant du coq, le chant de la baleine (à la limite), le chant de La Callas dans le grand air de Norma, et le son produit par le larynx de Lara Fabian...

Alors, quitte à paraître encore ringard, je renvoies tout ce beau monde à un exemple de modulations harmonieuses, exprimées sans agressivité, mais avec sincèrité, par une vraie chanteuse professionnelle, dont l'objet en l'occurrence n'était ni de refaire le monde, ni de mettre à bas la société bourgeoise de son temps, mais plutôt de nous câliner un brin, et de nous faire rêver.
Allez, on se lâche...


 




Par Rouletabille
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Mardi 12 mai 2009

NON ! ne partez pas !
Moi non plus je ne connais rien aux mathématiques ! rien de rien ! encore moins que vous je le jure !
Je ne connais rien non plus à la peinture, ni aux arts plastiques, ni à la musique, mais vous conviendrez que ça n'empêche pas de ressentir une émotion, un intérêt particulier, une interpellation personnelle et intime, devant tel tableau, telle sculpture ou telle sonate.
Concernant  les mathématiques, ça relève plutôt de l'intuition; je vous invite à l'approche prudente et circonspecte d'un monde inconnu, mystérieux, et inaccessible.
Et passionnant. En tous cas, les mathématiciens amateurs ou professionnels sont tellement mordus, enchaînés, définitivement accaparés par leur vice, jusqu'à tout abandonner, tout sacrifier - couple, avenir, santé, situation - qu'on ne peut qu'être fasciné par ce monde étrange et impénétrable des maths, et, en l'espèce, de la théorie des Nombres.

Voici, rien que pour vous, et en condensé, l'histoire de l'énigme qui a défié les plus grands esprits du monde pendant 358 ans !

LE DERNIER THEOREME DE FERMAT.

Pierre de FERMAT.

Il est né en 1601 dans le sud-ouest de la France.
C'était un magistrat, qui avait la particularité d'éviter de côtoyer les autres notables de sa juridiction (il refusait les parties de chasse, les dîners en ville, etc) pour la simple raison que ceux-ci risquaient
de se retrouver un jour dans son tribunal en qualité de prévenus, et qu'il tenait avant tout à son indépendance.
Vous en connaissez beaucoup, vous, de nos jours, des comme ça ?
Bref, il se serait ennuyé dans son château s'il n'avait eu depuis toujours la passion des mathématiques.
Passion qu'il menait en solitaire avec pour tout support un unique bouquin, L'ARITHMETICA DE DIOPHANTE, livre qui devint sa bible et lui inspira la plus grande partie de son travail, somme de connaissance qui contenait tout le savoir des classiques, de Pythagore à Euclide.

Et Fermat, faisait et refaisait les équations, démontrait les conjectures, vérifiait les théorèmes, et de jour en jour, se haussait au niveau des grands Maîtres de l'Antiquité.
Et que faisait-il de toute cette science ? publiait-il des articles ? participait-il à des colloques avec les savants de sont temps ?
que non point !
Jamais de la vie ! Monsieur de Fermat était jaloux de ses découvertes, et se gardait bien de communiquer quoique se soit à ses collègues.
Les maths, c'était un jeu intellectuel, comme d'autres jouent au Scrabble ou font des mots croisés !
En fait il s'adressait directement à Pythagore, par l'esprit, faisait des extrapolations sur des formules connues, élaborait des conjectures nouvelles, et se défiait lui-même d'en apporter la preuve !

Le dernier théorème.

En se basant sur le théorème de Pythagore, nous y reviendrons - si, si - il a imaginé un prolongement original de l'équation, et a entrepris d'en apporter la preuve absolue.
Et il a trouvé cette preuve; on imagine qu'il vécut alors un moment d'extase quasi mystique. Que fit-il alors ? il griffonna en marge de  l' ARITHMETICA la phrase suivante (traduite du latin) :

            " j'ai une démonstration véritablement merveilleuse de cette proposition, que cette marge est trop étroite pour contenir."

Et il n'en parla à personne; retourna à ses occupations professionnelles.
Le temps passa; et il mourut.

Heureusement, son fiston, Clément-Samuel, trouvant dans la succession le fameux livres avec différentes annotations, dont la description du théorème - les données du problème en quelque sorte - , publia, enfin, les pages annotées, en 1670.

Depuis cette date, et jusqu'au 23 Juin 1993,  les plus grands  mathématiciens d' Europe, d' Asie et d' Amérique, se sont arraché les cheveux pour démontrer ce fichu théorème; sans succès ! les poussant parfois au désespoir et même au suicide !

A suivre...






 

Par Rouletabille
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Jeudi 7 mai 2009
Notre monde est réellement merveilleux, et ça ne date pas d'hier.

On s'extasie devant les exploits d' indiana Jones; on jubile devant les  (pseudo) révélations du Da Vinci Code; et surtout, on oublie que la réalité dépasse toujours la fiction, et que l'amateur de mystères, et d'énigmes labyrinthiques,  peut faire son miel avec des histoires bien réelles, s'il fait preuve d'un peu de curiosité.  

Wilfrid M. Woynich est un américain d'origine polonaise, antiquaire et bibliophile, qui, en 1912, découvre chez des jésuites italiens, un manuscrit pour le moins étrange.

Bon, je vous la fait courte, vu que je vous donne le lien en fin de page (LINK) sur lequel vous n'aurez qu'à cliquer pour tout savoir sur "le manuscrit de Woynich".

C'est un ouvrage manuscrit, donc,  et abondamment illustré, écrit - les experts l'ont confirmé depuis - entre 1450 et 1550.
Les premières pages sont  calligraphiées à la façon des moines du moyen-âge, d'une encre un peu passée mais néanmoins lisible; suivent différentes sections composées de planches de dessin, consacrées aux thèmes suivants : herbier, astronomie, balnéothérapie, pharmacologie, toutes largement légendées.

Bon, me direz-vous, c'est passionnant tout ça mais où est le mystère ?

Eh bien, lecteurs impertinents, vous allez comprendre en feuilletant, les illustrations ci-dessous : d'abord, le texte est écrit dans une langue incompréhensible, au moyen d'un alphabet qui n'existe pas ! Et pour couronner le tout, les herbes et plantes de l'herbier représentent des variétés absolument inconnues sur terre ! Quant-aux personnages représentés au bain, il s'agit essentiellement de femmes, nues, toutes identiques, comme qui dirait clonées, arborant toutes soit un évident embonpoint, soit un état de grossesse avancé.

Voyez plutôt.








Etonnant, non ?

Mais le plus curieux et le plus jubilatoire reste à venir.

A ce jour, aucun chercheur, aucun savant, n'a pu traduire le texte ni donner une quelconque interprétation des images. Les ordinateurs les plus puissants, les experts les plus pointus , les as du décryptage, tous sont restés cois devant cette énigme.

Il est tout de même curieux que ce fichu manuscrit résiste aux assauts de la haute technologie du XXIe siècle !

Alors, la solution, la clé du mystère...?

Et bien il semblerait qu'une explication apparaisse et finisse par s'imposer, et personnellement elle me ravit.

Il s'agirait, non pas d'un canular, mais d'une escroquerie, perpétrée effectivement à cette époque reculée par des voyous astucieux à l'encontre d'un prince  féru d' astrologie et d'alchimie - très à la mode en ces temps-là -  qui n'y aurait vu que du feu !

On parle de Rodolphe II roi de Bohème (1576-1612)  dont la mauvaise santé l'incita à rechercher auprès de charlatans, l'élixir de longue vie, et la pierre philosophale.

Non mais vous les imaginez, ces malfrats limite moyenageux, faisant appel probablement à un clerc lettré en rupture de ses voeux de pauvreté, pour, ensemble monter cette machination !
Vous le voyez, le moine défroqué, s'usant les yeux à la chandelle, de soir en soir, pour remplir 300 pages de son écriture soignée, de mots qui n'existent pas, composés de signes inventées, dessinant des fleurs fantasmagoriques surgies de son imagination, s'appliquant à inscrire scrupuleusement, la langue entre les dents, une légende pour chaque plante dans son langage hermétique ne signifiant rien de rien, décrivant des techniques
de soins balnéaires ou élaborant des médications complètement fantaisistes !

Ils auraient vendu l'ouvrage à Rodolphe 600 ducats.
Ce n'est pas trop cher payé, non ?
 
Quand je vous disais que ce monde est merveilleux...


 link

 

 

 

 

Par Rouletabille - Communauté : racontages en couleur
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Dimanche 3 mai 2009
Pourquoi parler d' Antoine Blondin, là, tout de suite ?

Parce qu' il a écrit - ou dit - quelque part ceci :

"La plus belle phrase de toute la littérature française, c'est : Garçon, remettez-nous çà !"

Voila qui mérite de s'attarder, à la fois sur la citation et sur le personnage !

Bon. Blondin, écrivain, journaliste, chroniqueur sportif passionné par le Tour de France, connu pour sa verve gouialleuse, ses prises de position franchement "de droite" - ce qui change un peu par rapport à l'intelligentsia parisienne des années d'après guerre -  et par son intempérance notoire et sublimée.

"Garçon, remettez-nous ça !". Certains dirons que la littérature et la poésie françaises sont pleines de phrases et de vers d'un autre niveau :

            "Ariane ma soeur, de quel amour, blessée,
              vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée..."

Par exemple...
Evidemment ça a une autre allure et remiserait notre "Garçon, remettez-nous ça" au rayon des  plaisanteries de potaches.

Oui, mais, quelle admirable concision, quatre mots pas plus mais quels prolongements inattendus sur tout un monde, toute une époque, tout un tissu social...Vous ne me croyez-pas ? bon; je démontre; et pour démontrer, je dissèque :

1 - Garçon.

Ca plante le décor; on n'est pas dans un bouis-bouis de province; on est dans un café probablement parisien, où les commandes sont prises et servies par des professionnels, des garçons typés, habillés en garçon, avec le gilet, le noeud-pap,  les pieds plats et la main prompte à capturer le pourboire. Bref, un établissement qui fleure bon les années cinquante, avec (vous la voyez, là, assise au bout du comptoir ?)  une caissière à chignon.
Ici, le client est considéré; d'ailleurs c'est un habitué et le garçon devient souvent un complice voire un confident. 
Rien à voir avec ces bellâtres d'aujourd'hui, chemise ouverte sur un torse bronzé arborant une chaîne en plaqué sur une pilosité de primate, incapable de préparer autre chose qu'un café noisette ou un diabolo menthe !

2 - remettez.

Détail intéressant : ce n'est pas la première tournée ! mais on n'en saura pas plus; on attaque à peine le col, ou on dévale la pente ? l'histoire ne le dit pas. Ce qui est sûr, c'est qu'en ces temps bénis le vin coulait à flot sur les comptoirs, et que pour quelques francs on atteignait vite le niveau d'extase souhaité. Blondin, lui, était un buveur hors catégorie...

3 - nous.

Comme chantait Brassens :

                         "il n'est de pire perversion qui soit
                          que de garder une bouteille par devers soi".

S'il faut faire sauter les bouchons, c'est entre amis; pas question de siroter son apéro tout seul dans son coin ! le café, c'est avant tout la convivialité. Combien sont-ils ? on ne le saura pas non plus; "nous" ça commence à deux; ensuite...on peut tout imaginer. Allez, disons qu'ils sont trois, tiens ! Je prends Blondin, tout rougeaud mais l'oeil vif, son ami Jacques Laurent, brillant causeur, avec au bec la cigarette qui le tuera, et le Directeur de l' Equipe, pour qui Blondin cachetonnait,  vu que c'est précisément l'arrivée du Tour de France.
Bobet a encore gagné; c'est la fête; on arrose...

4 - ça.

Le garçon, le sait lui, c'est son métier; pas besoin de préciser. D'ailleurs, Blondin lance une injonction codée à son garçon préféré, celui qui le couve de l'oeil et qui réagit au moindre geste. "Garçon, remettez-nous ça". Le "ça" est un secret qui ne se partage pas; mais apparemment le "ça" les satisfait; non, ils ne changeront pas de monture en chemin ! Le "ça" c'est peut-être le gros bleu du populo; c'est peut-être l'anisette rafraichissante - on est en Juillet que diable ! C'est peut-être un vin plus rare que Blondin livre à l'appréciation de connaisseurs impartiaux. Non, on ne sait pas; on ne saura pas; mais rien qu'à voir la mine réjouie du Directeur de L'Equipe : il aime..."ça".


Voila; CQFD; donc, la plus belle phrase de la littérature française, c'est (répétez avec moi) : "garçon, remettez-nous ça !"

Ben moi,  j'ai une petite soif tout d'un coup, là...tiens, à la tienne  Georges !

 

 


Par Rouletabille
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