Samedi 30 mai 2009 6 30 05 2009 11:32
Il y a plusieurs façons de mal commencer sa journée.

Entre autres, se réveiller avec dans la tête un air triste, une chanson lugubre, qui, sans préjuger de sa qualité - les chants désespérés sont souvent les plus beaux - nous plombe un peu l'ambiance, et annonce, même pour les moins superstitieux d'entre nous, une journée morose...

Il y a aussi l'agression délibérée de la part de notre partenaire favori - qui à cette heure de la matinée a déjà repassé le linge, lavé le carrelage (marche pas là !), fait sa toilette, et entendu les dernières informations du monde.
Pendant que nous galérons pour réunir, avec un maximum d'économie de gestes et de déplacements, un bol de café chaud, du sucre, une petite cuiller et une tombée de lait, tout ça dans un état comateux avec en plus dans la tête la belle voix grave de Léo Ferré qui susurre :

               "et de longs corbillards sans tambours ni musique
                défilent lentement dans mon âme, l'espoir
                vaincu et l'angoisse atroce, despotique,
                sur mon crâne incliné plante son drapeau noir"

...notre partenaire favori,  donc, nous entretient  des dernières catastrophes naturelles, de l'aggravation de la crise, de l'aspirateur qui est en panne, et  s'enquiert, en exigeant une réponse par retour, de notre avis sur un point d'économie domestique litigieux, ayant sournoisement calculé que le moindre bâillement voire le moindre silence prolongé équivaudrait à un assentiment.

Un autre moyen infaillible de gâter sa journée, c'est d'entreprendre, comme ça, par une impulsion irraisonnée de se faire quelques tartines de confiture; hein, c'est bon la confiture ?
oui, mais...

(attention ça peut-être long au démarrage...)

 

 

Par Rouletabille - Communauté : racontages en couleur
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Lundi 25 mai 2009 1 25 05 2009 09:46

 


                                                                                      ECCE HOMO

Eh oui, le voila le Messie des mathématiques, celui qui 358 ans après que Fermat ait écrit la fameuse annotation : 

       "J'ai une démonstration véritablement merveilleuse de cette
        proposition, que cette marge est trop étroite pour contenir."

va apporter une démonstration définitive, une preuve absolue du fameux théorème.

Il est né à cambridge, en Angleterre, en 1953; environnement éminemment favorable, of course ! A 10 ans il était déjà fasciné par les maths, et entre deux sorties pour pêcher la crevette, il faisait tous les problèmes possibles de l'école, les emportait à la maison, et en inventait de nouveaux. 

Donc, dès qu'il eu découvert le théorème, il l'attaqua de front sans complexe, persuadé qu'un enfant de dix ans au XXe siècle était aussi calé que les Maîtres de l'antiquité ! Peut-être trouverait-il quelqu' astuce que tout le monde, à l'exception de Fermat, avait négligée.

En fait, ce fut long et laborieux; considérant ses moyens insuffisants, il renonça vite à trouver seul une brêche qui l'aurait mené à une avancée fracassante; sagement, tout en poursuivant ses études, il reprit tous les travaux des grands anciens, des précurseurs de génies, ceux  qui pourtant s'étaient tous cassé les dents sur ce problème démoniaque.

En 1975, il commença sa carrière comme diplômé à l'université de Cambridge. Il lui fallut encore trois ans pour passer son doctorat, puis il franchit l'Atlantique et s'installa à l'université de Princeton en qualité de professeur de mathématiques.

Et pendant tout ce temps, il n'a cessé de travailler, parfois par des voies détournées, à la résolution du théorème. Même si la plupart des chercheurs de son temps estimaient qu'il était futile de trouver cette preuve.

Et puis, il y eu un déclic : à la fin de l'été 1986, en sirotant un thé glacé chez un ami et collègue, Ken Ribet, celui-ci l'informa qu'il avait trouvé un lien entre la conjecture Taniyama-Shimura et le dernier théorème de Fermat. Il entrevit aussitôt que pour prouver le théorème de Fermat, il lui suffisait de prouver la conjecture Taniyama-Shimura.

Wiles abandonna tout travail qui ne concernait pas le théorème de Fermat, il cessa d'assister aux noria de conférences et de colloques; il continua néanmoins à assister aux séminaires et à donner ses cours aux étudiants.
Le plus clair de son temps, il le passait dans son grenier, aménagé spécialement pour ses travaux, à l'abri du monde.
Notons qu'il s'était marié quelques années plus tôt, et qu'il avait deux enfants; et que son épouse,  Nada, qui n'était pas une mathématicienne, lui apportait un soutien indéfectible, acceptait cette retraite volontaire et le délivrait des soucis de l'intendance.
Heureux homme !

Dans les années qui suivirent, il devait faire des découvertes extraordinaires mais sans publication, sans aucune information à l'extérieur; même ses collègues les plus proches n'étaient pas informés  de ses recherches.

Cette claustration volontaire dura sept ans. Jusqu'à ce jour de Mai 1993, où il descendit de son grenier à l'heure du thé pour annoncer à Nada qu'il avait résolu le dernier théorème de Fermat.

Une conférence était prévue, fin juin, à Cambridge (chez lui !),
au Issac Newton Institute ! Conférence qui devait durer huit jours sur le thème de la théorie des nombres; Wiles faisait partie des invités.

Il s'inscrivit lui-même comme conférencier, pour un cycle de trois conférences, tout en gardant secret le thème de son intervention.

On savait quand-même qu'il s'agissait entre autre de la conjecture Taniyama-Shimura, et peu à peu une rumeur pris naissance à propos d'une éventuelle résolution du théorème de Fermat.

Si bien que ce fameux 23 Juin 1993, outre la foule des mathématiciens professionnels se trouvait dans la salle quelques journalistes spécialisés munis de leurs caméras et autres appareils photo.

L'un d'eux rapporte qu'il n'a jamais assisté à une conférence aussi splendide, aussi pleine d'idées lumineuses, avec une telle tension dramatique. Et quel crescendo ! il n'y avait qu'une issue possible : la preuve du théorème !

Wiles remplit à la craie trois tableaux noirs.
 Quelques lignes de logique conclurent la démonstration, puis il déclara : "je pense que je m'arrêterai ici".

Deux cents mathématiciens applaudirent et poussèrent des hourras.

Andew Wiles venait de réaliser son rêve d'enfance.






Par Rouletabille
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Samedi 23 mai 2009 6 23 05 2009 21:30

Si j'avais été producteur à la télé, en lieu et place de la série américaine du jour, avec son cortège de criminels, de psychopathes, de violence en tout genre, j'aurais créé une émission récurrente qui se serait appelée : "Marchand de Bonheur" !. 

Et j'aurais invité quelques personnages rares, parmi ceux qui depuis des décennies, nous enchantent, nous font rêver, nous émeuvent, nous font rire.

Et ils auraient raconté leur don, leur talent, leur parcours, leur vocation


Et j'aurais invité qui ?

Allez, en vrac :

       Charlie Chaplin - Raymond Devos - Brassens - Charles Trenet -
       Le Père Noël - Paul Bocuse - Le Capitaine Haddock - Sherlock 
       Holmes - Felix Leclerc - Boby Lapointe - Gaston Lagaffe -
       Django Reinhardt - Jean Constantin - Henri Salvador -  

       et  d'autres...             
     
       et Charles Aznavour.

Bon anniversaire Charles. 


...et non, pas de chanson (entière) d' Aznavour sur deezer !

Z'avez qu'à chanter vous-mêmes; allez je vous aide :

(intro violon) 

                          Ah c'que t'es belle à regarder,
                          t'es là tu attends tu fais la tête
                          et moi j'ai envie d'rigoler
                          c'est l'alcool qui monte en ma tête...

                          tu t'laisses aller...



Par Rouletabille
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Jeudi 21 mai 2009 4 21 05 2009 22:31

Donc, Fermat mort et son théorème publié, le petit monde des mathématiques est en ébullition.

Le premier à s'y coller sérieusement est Léonard Euler, citoyen suisse, et génie incontestable du XVIIIème siècle. On l'appelait en Europe "l'analyste incarné". Encore jeune homme, il perdit la vue d'un oeil, ce qui lui fit dire aussitôt :"je serai moins distrait"; et la grande Catherine de Russie l'appelait : "mon cyclope mathématique".
Il réalisa de grandes avancées dans la résolution du Théorème, mais demeura impuissant à relever la gageure de Fermat.

Un autre personnage extraordinaire reprit le flambeau : Monsieur Le Blanc. La particularité de cet illustre savant est...qu'il n'existe pas ! 
Se cachait sous ce pseudonyme une femme, et oui, Sophie Germain, née en 1776. A cette époque, pas question pour les femmes de mener une carrière dans les sciences, et de toutes façons, sa timidité naturelle lui interdisait de se présenter devant les gouverneurs de l'académie. Elle emprunta donc l'identité d'un ancien condisciple, Antoine-Auguste La Blanc, et travailla par correspondance avec l'académie.
Elle réalisa une importance avancée dans la démonstration du théorème.

Après la percée réalisée par Sophie Germain, l'académie des sciences créa un prix de 3 000 francs pour le mathématicien qui viendrait à bout du dernier théorème de Fermat.
Ce fut la foire d'empoigne ! Deux prétendants annonçaient une communication définitive sous peu, Gabriel Lamé et Louis Cauchy, lorsqu'une lettre, lue lors d'une assemblée, mit fin aux spéculations.
C'était une  lettre du mathématicien allemand Ernst Kummer qui prouva que la démonstration Lamé-Gauchy était pour le  moins hasardeuse, et au pire imprudente. Les intéressés n'insistèrent pas.

Faisons allègrement un bond jusqu'en 1954, et tiens, pourquoi pas, jusqu'au Japon.
Goro Shimura, jeune universitaire passionné par Le Théorème, voulut emprunter à la bibliothèque un ouvrage rare; ouvrage indisponible car prêté à un certain Yutaka Taniyama, qu'il connaissait vaguement et qui logeait de l'autre côté du campus. Ils se rencontrèrent, se rendirent compte qu'ils travaillaient exactement sur les mêmes calculs et décidèrent d'échanger des idées. De cette collaboration naquit une nouvelle avancée considérable dans la démonstration du théorème.
Mais leurs ambitions furent déçues, le doute s'installa et Yutaka Taniyama perdit confiance et finit par se suicider le 17 novembre 1958.

Quelques années plus tard, un jeune anglais fasciné par les maths découvrit, en 1963 à l'âge de 10 ans, un bouquin : "le problème ultime", où il était question d'un problème mathématique remontant à la Grèce antique, ayant atteint sa maturité au XVIIe siècle lorsqu'un mathématicien français du nom de Pierre de Fermat lança à son insu une gageure au reste du monde.

Il décida aussitôt d'y consacrer sa vie...

A suivre...







 

Par Rouletabille
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Dimanche 17 mai 2009 7 17 05 2009 23:07

Une bonne chanson c'est aussi celle qui raconte une histoire, avec les mots de tous les jours, et qui fait mouche parce que le ton est juste, l'argument authentique.
Très fort Benabar dans cette oeuvrette quelque peu marginale, qui ne visait pas le top 50, et qui témoigne simplement de sa capacité de compassion pour les losers, les laissés pour compte, les pas chanceux.
Le texte, c'est pas du Verlaine, c'est pas du Baudelaire, mais il reflète exactement le parler de son héros, un peu dérangé dans sa tête; on le suit dans son cheminement mental, procédant par association d'idée, et finissant dans un état de crise violente et désespérée.
Ouais, c'est pas toujours drôle, la chanson; c'est comme la vie.

Heureusement il y a toujours le style, la trouvaille, qui fait passer la pilule...

                                                             On dirait avec sa queue de cheval
                              une sirène avec des jambes normales...

                                                    -  -  -  -

                               T'es belle comme une miss Picardie...

                                                    -  -  -  -

                       Parce que dans ma tête y a un truc qui va pas
                       la Patrie et Nadège, ils veulent pas de moi...
 





 

 

 

Par Rouletabille
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